A travers les avis des dirigeants d'entreprise, l'édition 2024 du rapport du Comité panafricain du commerce et de l'investissement du secteur privé vient dévoiler un mélange d'optimisme prudent et de préoccupations.
Chaque année, le rapport PAFTRAC (Pan African Private Sector Trade and Investment Committee) (Comité panafricain du commerce et de l'investissement du secteur privé) sur le commerce africain fournit un panorama indispensable des perspectives économiques du continent, qui malgré les vents contraires persistants — instabilité politique, conflits mondiaux et pressions économiques — les PDG africains expriment un optimisme notable quant à l’avenir du continent. Selon l’enquête PAFTRAC, 67,36 % des répondants se déclarent confiants dans les perspectives économiques africaines pour 2024, un bond significatif par rapport aux années précédentes. Parmi eux, 28,56 % affichent une confiance élevée, un chiffre en forte progression par rapport aux 14 % enregistrés en 2022 et 2023. En revanche, seuls 6,91 % des sondés expriment un faible niveau de confiance, témoignant de la résilience du secteur privé africain.Â
Cette perspective positive s’appuie sur des signes encourageants, tels que la stabilisation possible de l’inflation et des taux d’intérêt, et sur le potentiel de croissance dans des secteurs clés : technologie, agriculture et énergies renouvelables. Le rapport souligne également l’impact prometteur de la mise en Å“uvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui stimule les initiatives dans le commerce numérique et l’agriculture.Â
Cependant, l’optimisme général masque des disparités régionales importantes. Alors que des pays comme le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’Éthiopie devraient enregistrer des croissances supérieures à 6 %, d’autres, comme le Soudan, l’Afrique du Sud et la Guinée équatoriale, risquent de connaître une croissance faible ou négative en 2024.Â
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance globale de l’Afrique devrait atteindre 3,8 % en 2024, après avoir stagné à 3,4 % en 2023. Cette reprise progressive reste en deçà des 5 % annuels enregistrés avant 2019, avant que la pandémie de COVID-19 ne vienne bouleverser les économies du continent.Â
L’impact de cette reprise varie également selon les secteurs. Si certains pays comme le Bénin, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont réussi à lever des fonds sur les marchés internationaux grâce à des émissions d’euro-obligations, d'autres peinent encore à stabiliser leurs économies.Â
Inflation, dette et taux d’intérêtÂ
Malgré les signaux encourageants, les défis économiques restent lourds. Le rapport PAFTRAC identifie trois obstacles majeurs : l'inflation galopante, les niveaux élevés de dette publique et les hausses des taux d’intérêt. En 2024, 67,61 % des PDG interrogés considèrent l’inflation comme un frein majeur à la croissance, suivie par 62,03 % qui pointent l’endettement croissant et 54,12 % qui s’inquiètent de la hausse des taux d’intérêt.Â
Ces préoccupations sont illustrées par des chiffres inquiétants : le ratio dette/PIB moyen en Afrique a doublé en une décennie, atteignant 68,6 % en 2023 selon Afreximbank. Dix pays, dont l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Nigéria, concentrent 67 % de la dette extérieure du continent, exacerbant les pressions financières.Â
L'inflation atteint des niveaux critiques dans plusieurs économies africaines, notamment au Soudan (157,9 %), en Égypte (35,8 %) et au Nigéria (31,6 %). Pour contrer cette érosion monétaire, des initiatives audacieuses émergent, comme le lancement par le Zimbabwe d’une monnaie adossée à l’or, le ZiG, en avril 2024.Â
Parallèlement, la hausse des taux directeurs par 20 banques centrales africaines depuis janvier 2024 reflète les efforts pour contenir l'inflation, bien que cette stratégie alourdisse encore le coût des emprunts pour les gouvernements et les entreprises.Â
Pour relever ces défis, les experts du PAFTRAC et de la Banque africaine de développement (BAD) insistent sur l’importance de réformes structurelles. Le rapport 2024 de la BAD appelle à une meilleure gouvernance, une transparence accrue dans la gestion des ressources, et un renforcement des investissements dans la numérisation et la protection sociale. Ces mesures visent à poser les bases d’une croissance durable et inclusive.Â
Â