Depuis plus d’un mois, des violences ciblant des migrants africains se multiplient en Afrique du Sud, révélant une dérive sécuritaire préoccupante et un silence officiel qui interroge.
L’Afrique du Sud traverse une séquence particulièrement tendue marquée par une recrudescence des actes xénophobes visant des ressortissants africains. Nigérians, Ghanéens et Congolais figurent parmi les principales cibles de cette vague de violences qui s’installe dans la durée. Dans plusieurs zones urbaines, des groupes organisés se réclamant d’un discours anti-immigration occupent l’espace public, menant des opérations de contrôle improvisées. Armés de bâtons et de fouets, ces individus patrouillent dans les rues, s’en prennent aux commerces tenus par des étrangers et imposent un climat de peur en exigeant des documents d’identité et des preuves d’origine.
Cette dynamique inquiétante trouve un relais politique assumé. Le mouvement "Concerned Citizens and the Voters of SA" a publiquement soutenu ces actions et appelle à une mobilisation nationale le lundi 4 mai. L’objectif affiché est radical : expulser l’ensemble des étrangers, qu’ils soient en situation régulière ou non. Ce mot d’ordre, largement relayé, contribue à banaliser les violences et à structurer une rhétorique d’exclusion qui fragilise davantage le tissu social.
Face à cette escalade, certaines capitales africaines commencent à hausser le ton. Le 22 avril 2026, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Sam Okudzeto Ablakwa, a fait état d’un échange téléphonique avec son homologue sud-africain Ronald Lamola, évoquant des images « extrêmement troublantes » de Ghanéens agressés. Dès le lendemain, Accra a convoqué le chargé d’affaires par intérim de la mission sud-africaine, exigeant des garanties claires pour la sécurité de ses ressortissants. Cette réaction traduit une inquiétude croissante face à une situation qui dépasse désormais le cadre interne.
À Pretoria, en revanche, l’absence de communication officielle alimente les interrogations. Le gouvernement de Cyril Ramaphosa ne s’est pas encore exprimé publiquement sur ces événements. Ce silence, dans un contexte de violences répétées, est vivement critiqué par de nombreux observateurs africains. Sur les réseaux sociaux, des voix dénoncent une forme de passivité assimilée à une tolérance implicite, d’autant que les mesures judiciaires contre les auteurs de ces actes restent peu visibles.
Cette crise met en exergue un décalage de plus en plus relevé entre l’engagement international de l’Afrique du Sud et sa gestion des tensions internes. Depuis décembre 2023, Pretoria s’est illustrée sur la scène mondiale en saisissant la Cour internationale de justice contre Israël pour des violations présumées de la Convention sur le génocide à Gaza. Une initiative saluée pour sa portée juridique et symbolique, mais qui contraste aujourd’hui avec l’absence de réaction ferme face à des violences visant des populations africaines sur son propre sol.
En toile de fond, ces événements révèlent des déséquilibres structurels persistants. Le chômage élevé, les inégalités socio-économiques et le sentiment d’abandon dans certaines franges de la population alimentent un terreau propice aux dérives identitaires. Dans ce contexte, les migrants apparaissent comme des cibles faciles. Reste que cette évolution interroge profondément l’héritage politique et moral de l’Afrique du Sud, longtemps érigée en modèle de réconciliation, et pose la question de sa capacité à préserver son influence et sa crédibilité à l’échelle continentale.