Dans le parc de Shunyi, au nord-est de Beijing, les soirées d'été ont des airs de Coupe du monde. Sous les projecteurs d'un terrain synthétique, des adolescents enchaînent les passes tandis que des groupes de supporters commentent les résultats de la veille. Entre deux actions, un nom revient avec une régularité surprenante : le Maroc.
À plus de 10.000 kilomètres de Rabat, les Lions de l'Atlas se sont imposés comme l'une des équipes les plus suivies par les amateurs chinois du ballon rond dans ce Mondial organisé en Amérique du Nord.
Avec quatre points engrangés en deux rencontres, grâce à un match nul de prestige face au Brésil (1-1) et une victoire maîtrisée contre l'Écosse (1-0), la sélection marocaine a déjà assuré sa qualification pour le deuxième tour. Une performance qui ravive l'enthousiasme né lors de l'épopée historique de 2022 et nourrit l'idée, chez de nombreux supporters chinois, que le Maroc appartient désormais au club des grandes nations du football mondial.
"J'ai regardé les deux matchs jusqu'au bout", raconte Wen Zi, 17 ans, lycéen et joueur amateur. "Face au Brésil, ils ont prouvé qu'ils pouvaient rivaliser avec les plus grandes nations footballistiques. Contre l'Écosse, ils ont pu maitriser les espaces de jeu dans un match où l'erreur n'était pas permise. On sent une équipe qui a gagné en maturité."
Sur les plateformes numériques chinoises (Douyin, Weibo et Xiaohongshu), les extraits des rencontres marocaines circulent abondamment. Les analyses, commentaires et vidéos consacrés aux Lions de l'Atlas se multiplient au fil de la compétition. Les supporters saluent la discipline tactique de l'équipe, sa solidité défensive et sa capacité à faire bloc face à des adversaires réputés plus puissants.
Mais au-delà des résultats, c'est une autre dimension qui continue de séduire.
Une admiration née bien avant le Mondial nord-américain
"C'est leur esprit collectif", explique Lu Yang, 35 ans, employé dans une entreprise technologique de Beijing. "Aujourd'hui, beaucoup d'équipes reposent sur quelques stars. Le Maroc donne l'impression que chaque joueur travaille pour le groupe. C'est une qualité que les supporters chinois apprécient énormément."
Cette admiration ne date pas d'hier. Pour de nombreux passionnés chinois, l'histoire a commencé lors de la Coupe du monde en Russie en 2018. Malgré une élimination prématurée, le Maroc avait laissé une impression mémorable par la qualité de son jeu et son engagement sur le terrain. Le célèbre commentateur sportif chinois Xu Yang avait alors résumé son sentiment par une formule vouée à faire date : "Le football marocain est pur."
Huit ans plus tard, cette phrase continue d'être reprise dans les forums spécialisés et les discussions entre supporters. Pour beaucoup, elle résume une équipe fidèle à une identité de jeu faite d'intensité, de générosité et de combativité.
Puis vint l’édition de 2022
En atteignant les demi-finales de la Coupe du monde 2022, une première pour une nation africaine et arabe, le Maroc a profondément marqué l'imaginaire sportif chinois. Les victoires face à la Belgique, au Canada, à l'Espagne et au Portugal ont suscité une vague d'admiration dans un pays où les supporters, privés de leur propre sélection au Mondial, se tournent souvent vers des équipes étrangères capables d'incarner des valeurs fortes.
Ce qui séduit aujourd'hui les supporters chinois n'est plus seulement le souvenir de cette épopée. C'est la capacité du Maroc à confirmer, tournoi après tournoi, qu'il appartient durablement au plus haut niveau du football mondial.
Quand l'esprit de groupe devient source d'inspiration !
Pour beaucoup d'amoureux chinois du football, les Lions de l'Atlas ont offert bien davantage qu'une belle histoire sportive.
Les supporters évoquent régulièrement la solidarité affichée par les joueurs, leur engagement collectif et leur capacité à se dépasser les uns pour les autres. Une dimension qui trouve un écho particulier dans une société où l'esprit de groupe et le sens du collectif demeurent des valeurs profondément ancrées.
Un autre aspect fascine également : plusieurs internationaux marocains sont nés ou ont grandi en Europe. Pourtant, lorsqu'il s'est agi de choisir un maillot, ils ont répondu à l'appel du pays de leur origine.
"Cette fidélité impressionne beaucoup de gens en Chine", estime Wen Zi. "Ils auraient pu suivre d'autres chemins, mais ils ont choisi de représenter le Maroc. Cela montre un attachement profond à leurs racines."
Pour de nombreux observateurs chinois, cette réalité dépasse le simple cadre sportif. Elle renvoie à des notions de loyauté, d'appartenance et de responsabilité envers sa communauté, des valeurs qui trouvent un écho particulier auprès du public chinois.
Les images des joueurs célébrant leurs succès avec leurs mères lors du Mondial qatari continuent également de circuler sur les réseaux sociaux. Beaucoup y voient l'expression de valeurs universelles : le respect des parents, l'humilité dans la victoire et l'attachement à la famille.
Une histoire qui continue de s'écrire
À mesure que les Lions de l'Atlas poursuivent leur parcours en Amérique du Nord, nombreux sont ceux qui considèrent que le Maroc est en train de confirmer que son exploit de 2022 n'avait rien d'un accident.
« En 2022, certains parlaient de surprise", sourit Lu Yang. "Aujourd'hui, le Maroc montre qu'il est devenu une grande équipe."
Dans un pays où le football demeure une passion immense malgré les difficultés de l’Equipe du Dragon, les Lions de l'Atlas ont réussi quelque chose de rare : transformer l'admiration née d'un exploit en un capital de sympathie durable.
Au parc de Shunyi, la nuit est déjà tombée lorsque les derniers joueurs quittent le terrain. Les discussions, elles, continuent. À plusieurs fuseaux horaires de distance, les Lions de l'Atlas préparent leur prochain rendez-vous mondial. Et à Beijing, nombreux sont ceux qui seront devant leur écran pour les regarder, convaincus que l'histoire du football marocain a encore de belles pages à écrire.
Avec MAP