La Guinée-Bissau franchit une nouvelle étape de sa transition politique. La nouvelle Constitution a été approuvée par 70 % des suffrages valides lors du référendum organisé dans le pays, selon les résultats annoncés par la Commission nationale des élections (CNE).

Le « oui » a obtenu 383.117 voix, contre 160.904 voix pour le « non», soit respectivement 70 % et 30 % des suffrages exprimés. La participation s’est élevée à 62,6 %, avec 572.714 votants sur 914.428 électeurs inscrits.

Au-delà du résultat du scrutin, c’est surtout la nouvelle architecture du pouvoir qui retient l’attention. Le texte constitutionnel renforce considérablement les prérogatives du chef de l’État. Celui-ci pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, mais aussi créer ou supprimer des ministères.

Dans certaines situations de crise, le président pourra également dissoudre l’Assemblée nationale. Une évolution majeure dans un pays où le fonctionnement institutionnel reposait jusqu’ici sur un partage plus équilibré du pouvoir exécutif entre la présidence et la Primature.

Un Parlement réduit et un accès à la présidentielle durci

La réforme modifie également en profondeur le fonctionnement du pouvoir législatif. Le nombre de députés à l’Assemblée nationale passe de 102 à 65, tandis que le nombre de circonscriptions électorales est ramené de 29 à 12.

Autre changement important : les candidats à l’élection présidentielle devront désormais justifier de cinq années consécutives de résidence en Guinée-Bissau.

Pour les autorités de transition, cette réforme vise à mettre fin aux blocages récurrents du système semi-présidentiel et à réduire les affrontements entre le chef de l’État et le Premier ministre. L’objectif affiché est de renforcer la stabilité institutionnelle et de préparer le retour à un régime civil.

Une réforme adoptée, mais un scrutin fortement contesté

L’adoption de la Constitution intervient toutefois dans un contexte politique particulièrement tendu. Le référendum se tient moins d’un an après la prise du pouvoir par l’armée, intervenue à la suite d’une crise électorale en novembre 2025.

Les autorités de transition ont fixé au 6 décembre 2026 la tenue d’élections générales, présentées comme l’étape devant permettre le retour à un pouvoir civil.

Mais l’opposition rejette le processus. Le PAIGC, principale force d’opposition, avait appelé au boycott du référendum, jugeant que les conditions nécessaires à une consultation crédible n’étaient pas réunies. Des organisations de la société civile ont également alerté sur les risques liés à une concentration excessive du pouvoir entre les mains du président.

Les coalitions PAI–Terra Ranka, API–Cabas Garandi et le mouvement Firkidja di Pubis sont allés plus loin en qualifiant le référendum d’«échec total». Selon eux, l’abstention aurait dépassé 90 %, une estimation qui contraste fortement avec le taux de participation officiel de 62,6 %.

Interrogé par DW Afrique, l’analyste João Conduto considère le boycott comme un signal politique en faveur d’un retour à l’ordre constitutionnel. Il n’exclut pas que les autorités cherchent à réinterpréter le résultat du scrutin ou à revoir le calendrier électoral, mais estime qu’un dialogue politique inclusif reste indispensable pour sortir durablement le pays de la crise.

Ainsi, derrière la victoire du « oui », le référendum ouvre une nouvelle bataille politique : celle de la légitimité de la nouvelle Constitution et de l’équilibre des pouvoirs dans la future Guinée-Bissau.