En Côte d’Ivoire les gestes de beauté sont transmis de génération en génération.n
Avant les vitrines des grandes enseignes et l’essor de la « clean beauty », des femmes africaines utilisaient déjà les ressources de leur environnement pour prendre soin de leur peau, de leurs cheveux et de leur corps. Karité, huiles végétales, argile, henné, parfums et tresses ont ainsi accompagné des générations de femmes, tout en portant une dimension sociale et culturelle qui dépasse largement la simple esthétique.
En Côte d’Ivoire, ces pratiques évoluent avec leur époque, mais certaines continuent de résister au temps, rapporte Elle Afrique Francophone.
Le karité, un héritage qui se transmet
Dans le nord de la Côte d’Ivoire comme dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest, le beurre de karité occupe depuis longtemps une place importante dans les pratiques de soin.
Issu des noix de karité, il est traditionnellement produit selon des procédés artisanaux qui mobilisent largement le savoir-faire des femmes. Concassage, torréfaction, broyage et malaxage permettent d'obtenir une matière riche, utilisée notamment pour nourrir la peau et entretenir les cheveux.
Dans certaines familles, le geste se transmet presque naturellement. Une mère applique le beurre sur les cheveux de sa fille avant de les tresser ; plus tard, celle-ci reproduira les mêmes gestes sur ses propres enfants.
Derrière ce rituel quotidien se trouve donc bien plus qu'un produit cosmétique : une mémoire familiale et un savoir-faire transmis de génération en génération.
Le succès international du karité pose toutefois une question essentielle : celle de la valeur créée autour des matières premières africaines. Alors que ces ingrédients alimentent désormais une industrie cosmétique mondiale, la transformation locale, la formulation et la création de marques africaines apparaissent comme des enjeux majeurs pour que le continent puisse davantage bénéficier de ses propres ressources.
Les cheveux, entre soin et transmission
En Côte d’Ivoire, les cheveux ont toujours occupé une place particulière dans les pratiques de beauté. Tresses, nattes, coiffures protectrices et soins à base d’huiles ou de beurres végétaux font partie d’un savoir-faire largement transmis au sein des familles.
Le rituel peut commencer dès l’enfance. Le démêlage, l’application d’un corps gras, puis la réalisation des nattes constituent parfois un véritable rendez-vous familial.
Dans les quartiers d’Abidjan comme dans les villes de l’intérieur du pays, les salons de coiffure et les espaces informels restent également des lieux de sociabilité. On y vient pour se faire coiffer, mais aussi pour échanger, discuter et partager les dernières tendances.
La coiffure devient alors un langage. Elle peut accompagner une cérémonie, marquer une étape de la vie ou simplement traduire une préférence esthétique.
Et si chaque pays possède ses propres traditions, le continent partage cette idée fondamentale : les cheveux sont à la fois une matière à soigner et un marqueur culturel.
Le visage, entre recettes traditionnelles et nouvelles tendances
Le savon noir figure également parmi les produits associés aux traditions africaines de soin. En Côte d’Ivoire et dans d’autres régions du continent, différentes préparations à base de matières végétales sont utilisées depuis longtemps pour nettoyer la peau.
Aujourd’hui, ces pratiques connaissent un regain d’intérêt auprès d’une nouvelle génération de consommateurs à la recherche de produits perçus comme plus naturels et plus proches des savoir-faire traditionnels.
Les argiles, huiles végétales et beurres sont eux aussi réintroduits dans les routines contemporaines, notamment à travers les réseaux sociaux et les marques africaines qui revisitent ces ingrédients sous des formes modernes.
Cette renaissance ne signifie toutefois pas que tout produit traditionnel est automatiquement adapté à toutes les peaux. Comme pour n’importe quel soin cosmétique, la composition, la qualité du produit et la tolérance individuelle restent essentielles.
Quand le parfum devient une signature
La beauté africaine ne se limite pas à ce qui se voit. Elle passe aussi par les odeurs.
Dans plusieurs sociétés ouest-africaines, les parfums, huiles parfumées et encens occupent une place importante dans les pratiques quotidiennes et cérémonielles. Au Sénégal, par exemple, le thiouraye constitue une tradition olfactive particulièrement connue.
En Côte d’Ivoire, eaux de Cologne, huiles parfumées, muscs et préparations artisanales composent également un univers olfactif qui accompagne le quotidien.
Le parfum peut être associé à la féminité, à l’élégance, à une cérémonie ou simplement au plaisir de prendre soin de soi.
Cette dimension sensorielle rappelle que les rituels de beauté ne sont pas seulement des gestes individuels : ils participent aussi à la construction d’une identité.
Henné, argile et pigments : la beauté comme expression culturelle
Bien avant les palettes modernes, les sociétés africaines disposaient de leurs propres traditions de décoration corporelle.
Le henné, notamment, occupe depuis des siècles une place importante dans plusieurs régions d’Afrique du Nord, du Sahel et d’Afrique de l’Ouest. Utilisé lors de mariages, de fêtes ou de rites de passage, il associe esthétique et symbolique.
Les pigments naturels et l’argile ont également été utilisés dans différentes cultures africaines pour décorer le corps ou accompagner certaines cérémonies.
Aujourd’hui, ces références réapparaissent dans les pratiques de la jeune génération. Le henné se retrouve dans le nail art, les motifs corporels et les contenus beauté diffusés sur les réseaux sociaux. Les ingrédients traditionnels sont également revisités par des entrepreneurs qui cherchent à créer une cosmétique africaine contemporaine.
La tradition ne disparaît donc pas : elle change de forme.