Djibouti franchit une nouvelle étape dans sa transformation numérique. Le pays a présenté les grandes orientations de sa première Stratégie nationale d’intelligence artificielle (SNIA) pour la période 2026-2030, avec l’ambition de faire de l’IA un outil au service de la modernisation de l’administration, du développement économique et de l’innovation.
La stratégie repose sur six axes prioritaires : gouvernance des données et de l’intelligence artificielle, cybersécurité, formation, recherche, innovation et inclusion. Les autorités souhaitent notamment mieux encadrer les usages de l’IA, renforcer les compétences nationales et encourager le développement de solutions répondant aux besoins spécifiques du pays.
La santé, l’éducation et les services publics figurent parmi les secteurs appelés à bénéficier de ces nouvelles technologies, avec une attention particulière portée à l’accès aux outils numériques.
L’IA au cœur de la modernisation de l’État
Le lancement de cette stratégie s’inscrit dans un chantier plus large de transformation numérique de l’administration djiboutienne. Lors du Conseil des ministres du 1er septembre 2026, le président Ismaïl Omar Guelleh avait notamment placé la dématérialisation des procédures, la numérisation des services publics et l’interopérabilité des systèmes parmi les priorités de modernisation de l’État.
Djibouti cherche parallèlement à renforcer son vivier de compétences. L’Université de Djibouti a ouvert en septembre 2025 un Master en « Intelligence artificielle et modélisation des données», couvrant notamment l’apprentissage automatique, les données massives et le traitement automatique des langues.
Une nouvelle étape est également attendue avec l’ouverture annoncée de l’École 42 en janvier 2027, qui doit proposer des formations spécialisées dans les technologies numériques, dont l’intelligence artificielle.
Un écosystème encore émergent
Malgré ces avancées, Djibouti doit encore consolider ses capacités dans le domaine de l’IA. Le rapport d’évaluation de la préparation du pays à l’intelligence artificielle, réalisé avec l’UNESCO et présenté lors du forum national consacré à l’IA, classe le pays à un niveau « émergent ».
Le diagnostic examine cinq domaines : le cadre juridique et réglementaire, les dimensions sociales et culturelles, les capacités scientifiques et éducatives, l’environnement économique ainsi que les infrastructures et capacités techniques.
Le principal défi concerne notamment la réglementation. Si Djibouti dispose déjà de dispositions relatives à la protection des données dans son Code du numérique, le pays ne bénéficiait pas encore, au moment de l’évaluation, d’un cadre législatif spécifiquement consacré à l’intelligence artificielle.
Des infrastructures numériques qui constituent un atout
Le pays dispose néanmoins d’un avantage important : ses infrastructures numériques. Selon les données du diagnostic, Djibouti affiche un indice de développement des technologies de l’information de 61,6, alors que son niveau de préparation à l’IA est évalué à environ 24,5 sur 100.
Cette différence illustre à la fois le potentiel et le retard à combler. Grâce à sa position stratégique, Djibouti est connecté à plusieurs câbles sous-marins internationaux et dispose d’infrastructures de données qui renforcent son rôle de plateforme numérique entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
L’enjeu pour les autorités est désormais de transformer cet avantage en véritables capacités nationales d’intelligence artificielle, en investissant davantage dans la recherche, la formation, la gouvernance des données et les infrastructures de calcul.
Des applications locales commencent à émerger
Les premiers usages de l’IA commencent déjà à apparaître dans plusieurs secteurs. Dans le domaine portuaire et logistique, le Djibouti Ports Community System et le projet Corridor Vision AI illustrent l’émergence de solutions reposant sur les technologies intelligentes.
Le pays dispose également de compétences dans le domaine du traitement automatique des langues. Des chercheurs djiboutiens travaillent notamment sur le traitement de la langue somalie, ouvrant la voie à la création d’outils numériques davantage adaptés aux réalités locales.
La dimension linguistique occupe d’ailleurs une place importante dans la nouvelle stratégie. Le développement de solutions accessibles en somali, en afar et en arabe doit permettre de rapprocher l’intelligence artificielle des citoyens et de limiter le risque d’une nouvelle fracture numérique.
La présentation du Journal officiel électronique dans ces trois langues lors du forum national illustre cette volonté d’adapter la transformation numérique aux réalités linguistiques et sociales du pays.
Avec sa SNIA 2026-2030, Djibouti pose ainsi les premières bases d’une politique nationale de l’intelligence artificielle. Le défi sera désormais de transformer cette feuille de route en compétences, en infrastructures et en applications concrètes capables de soutenir durablement la transformation numérique du pays.