Dans une analyse publiée le 21 septembre, le Fonds monétaire international (FMI) met en avant la résilience de l’économie égyptienne face aux récentes turbulences régionales. Selon l’institution, la flexibilité du taux de change, la reconstitution des marges de sécurité macroéconomiques et la réaction rapide des autorités ont permis au pays d’absorber le choc lié à la guerre au Moyen-Orient.

Cette performance marque une rupture avec les crises précédentes. Alors que la défense d’une parité fixe avait autrefois entraîné une ponction importante sur les réserves de change, le régime plus flexible a cette fois permis à la livre égyptienne d’absorber une partie du choc par l’ajustement du taux de change.

La livre absorbe le choc, les capitaux reviennent

Le mécanisme a toutefois été mis à rude épreuve. Entre février et début avril, les avoirs des investisseurs non résidents en bons du Trésor libellés en livres égyptiennes sont passés de 39,1 milliards à 22,2 milliards de dollars.

Dans le même temps, la livre s’est dépréciée de 14 à 17 %. Mais après cette phase de tension, les flux de capitaux ont progressivement retrouvé leurs niveaux d’avant-crise, tandis que les primes de risque souverain se sont détendues.

Pour le FMI, cette séquence illustre l’intérêt d’un ajustement par le taux de change plutôt que par une ponction excessive sur les réserves internationales.

Autre signal positif : l’inflation urbaine a poursuivi son ralentissement pour atteindre 14,5 % en août, un niveau inférieur aux anticipations.

Le retour de l’Égypte sur les marchés

La capacité du Caire à accéder de nouveau aux marchés internationaux constitue également un indicateur de stabilisation. L’Égypte a ainsi levé 1 milliard de dollars en mai à travers un eurobond social, avant d’émettre 500 millions de dollars en juin sous la forme d’une obligation Samouraï.

Les autorités envisagent par ailleurs une nouvelle sortie sur les marchés internationaux entre octobre et décembre, dans le cadre d’un programme de financement de 3 milliards de dollars.

Mais derrière ces signes d’accalmie, le FMI souligne la persistance de vulnérabilités structurelles importantes.

Dette publique et poids de l’État : les défis restent entiers

Les besoins de financement du secteur public demeurent particulièrement élevés, atteignant environ 40 % du PIB à court terme, selon les estimations du Fonds.

Autre sujet de préoccupation : la forte exposition des banques à la dette souveraine. L’importance des titres publics dans les portefeuilles bancaires limite la capacité de ces établissements à financer le secteur privé, créant un effet d’éviction du crédit.

Avec des rendements avoisinant 20 % après impôts, les titres de dette publique restent particulièrement attractifs pour les banques, ce qui rend plus difficile le redéploiement des financements vers les entreprises et l’investissement privé.

Le désengagement de l’État progresse également à un rythme encore limité. Quelque 5,9 milliards de dollars ont été mobilisés jusqu’ici sur un objectif initial de 12,2 milliards de dollars. Celui-ci a depuis été ramené à 10,3 milliards de dollars à atteindre d’ici la fin de l’exercice 2026/27.

Parmi les opérations attendues figure notamment l’introduction en Bourse de Banque du Caire, prévue en novembre.

L’expérience égyptienne observée au Maghreb

Au-delà du cas égyptien, cette évolution offre matière à réflexion pour les économies du Maghreb. Au Maroc, Rabat mène depuis 2018 une transition progressive vers davantage de flexibilité du régime de change du dirham.

L’expérience égyptienne met en évidence deux enseignements distincts. D’une part, un régime de change suffisamment flexible peut permettre d’absorber une partie d’un choc externe sans mobiliser massivement les réserves de change. D’autre part, la flexibilité du taux de change ne règle pas, à elle seule, les déséquilibres structurels.

La réduction de la dette, la maîtrise des besoins de financement publics et la libération d’un espace plus important pour le secteur privé restent déterminantes pour consolider durablement la résilience économique.

Le FMI invite ainsi implicitement l’Égypte à ne pas considérer la stabilisation récente comme un aboutissement, mais comme une fenêtre pour accélérer la mise en œuvre des réformes.