Le Botswana est confronté à une crise de l’emploi de plus en plus préoccupante. Selon le rapport 2026 du Conseil de développement des ressources humaines (HRDC), le pays fait face à un décalage croissant entre les compétences des demandeurs d’emploi et les besoins réels de son économie.
Le taux de chômage global atteint 27,6 %, tandis qu’il grimpe à 38,2 % chez les jeunes. Plus préoccupant encore, le nombre de diplômés sans emploi a progressé de 46,7 % en cinq ans, passant de 48.076 en 2019 à 70.512 en 2024, selon cet organisme public.
Les diplômés en commerce particulièrement touchés
Le rapport met notamment en évidence la forte concentration du chômage parmi les diplômés des filières commerciales et administratives.
Au premier trimestre 2024, les professionnels associés du commerce et de l’administration constituaient le groupe le plus important de chômeurs, avec 10.789 personnes, contre 8.288 au troisième trimestre 2023.
Ils sont suivis par les diplômés des métiers du bâtiment, avec 7.864 chômeurs, puis ceux de la santé et des professions associées, qui comptait 7.586 personnes sans emploi. Les professionnels du commerce et de l’administration représentaient, pour leur part, 4.140 chômeurs.
Ces chiffres illustrent une inadéquation persistante entre les formations proposées par le système éducatif et les compétences recherchées par les entreprises.
Trop de diplômés dans des secteurs qui recrutent peu
Le secteur de la finance et des affaires continue d’attirer une importante proportion d’étudiants, alors même qu’il figure parmi les domaines confrontés à un niveau élevé de chômage des diplômés.
Cette situation est aggravée par le recul de l’emploi. La croissance de l’emploi est ainsi passée de 9,9 % au troisième trimestre 2023 à -4,4 % au premier trimestre 2024. Cette évolution représente une perte nette d’environ 34.469 emplois.
Le HRDC attribue cette dégradation à plusieurs facteurs, notamment les conséquences persistantes de la pandémie de Covid-19, les performances insuffisantes de secteurs clés tels que les mines et le tourisme, ainsi qu’une croissance économique qui ne permet pas d’absorber suffisamment les nouveaux entrants sur le marché du travail.
Le numérique bouleverse le marché de l’emploi
À ces difficultés s’ajoute une transformation rapide du marché du travail sous l’effet de l’automatisation et de la digitalisation.
Le Conseil avertit que plusieurs fonctions administratives pourraient être progressivement menacées par l’automatisation. À l’inverse, la demande augmente pour des profils spécialisés dans les données, le développement de logiciels, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et les technologies financières.
Pour le HRDC, cette évolution impose une adaptation urgente du système éducatif et de la formation professionnelle aux nouvelles réalités économiques.
Miser sur les compétences de demain
Face à cette situation, le Conseil recommande de réorienter davantage le système éducatif vers les compétences spécialisées, la formation technique et professionnelle ainsi que les métiers du numérique.
Il préconise également de renforcer la formation dans les technologies vertes et l’économie des soins, tout en développant les secteurs susceptibles de générer davantage d'emplois, notamment l’agriculture, l’industrie, l’énergie, les mines, le tourisme et les services financiers numériques.
Pour le Botswana, l’enjeu dépasse désormais la seule création d’emplois : il s’agit aussi de rapprocher les compétences produites par le système éducatif des besoins d’une économie en pleine transformation.