L'Afrique pourrait subir de fortes pressions économiques en 2026, sous l'effet de la hausse des prix mondiaux des produits alimentaires, de l'énergie et des matières premières.
Selon la dernière édition du rapport Commodity Markets Outlook du Groupe de la Banque mondiale, publiée le 28 octobre 2026, les prix mondiaux des produits de base devraient augmenter de 23 % cette année, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations climatiques.
Cette évolution fait peser de nouvelles menaces sur le pouvoir d'achat des ménages africains, mais aussi sur les équilibres budgétaires des États, particulièrement ceux qui dépendent des importations de produits énergétiques et alimentaires.
Après trois années de relative accalmie, les prix de l'énergie devraient connaître une hausse de 32 % en 2026. Le baril de Brent pourrait ainsi atteindre une moyenne annuelle de 91 dollars, sous l'effet notamment des tensions au Moyen-Orient et de la faiblesse des stocks mondiaux de pétrole.
La situation est également préoccupante sur le marché alimentaire. Les prix des principales denrées devraient progresser de 10 % en 2026, avant une augmentation supplémentaire de 7 % en 2027. Cette tendance accentue les difficultés d'accès à l'alimentation pour de nombreux ménages africains.
En Afrique subsaharienne, les perturbations des circuits d'approvisionnement en céréales, l'augmentation de 14 % des prix des engrais et les conséquences du phénomène climatique El Niño sur les récoltes viennent aggraver les tensions sur les marchés alimentaires.
Dette et pauvreté : les pays vulnérables sous pression
Cette nouvelle flambée des prix risque d'accentuer la pauvreté et de fragiliser davantage les populations les plus vulnérables. La hausse simultanée des dépenses alimentaires et énergétiques réduit les capacités de consommation des ménages, tout en compliquant les politiques économiques des gouvernements.
«La priorité doit être de protéger les plus pauvres et de soutenir les pays à faible revenu déjà aux prises avec un lourd endettement », souligne Ayhan Kose, économiste en chef adjoint à la Banque mondiale.
Pour les pays africains importateurs nets de pétrole et de produits alimentaires, le renchérissement des matières premières constitue un défi supplémentaire. Il réduit les marges de manœuvre budgétaires, déjà limitées par le poids de la dette extérieure et la dépréciation de certaines monnaies nationales.
Les pays miniers face à des perspectives favorables
Toutefois, les conséquences de cette évolution ne sont pas identiques pour toutes les économies africaines. La hausse des investissements dans les énergies renouvelables, les infrastructures numériques et les centres de données soutient les cours des métaux industriels, qui devraient progresser de 25 % en 2026. Les métaux précieux pourraient, quant à eux, enregistrer une hausse de 40 %.
Cette conjoncture pourrait profiter aux pays riches en ressources minières, notamment la République démocratique du Congo, la Guinée et l'Afrique du Sud. La progression des cours pourrait leur permettre d'accroître leurs recettes d'exportation et leurs rentrées fiscales. Ces gains pourraient néanmoins rester insuffisants pour compenser les effets de l'inflation sur les populations.
La Banque mondiale mobilise des financements
Face à ces risques, la Banque mondiale annonce la mobilisation de 50 à 60 milliards de dollars à travers ses instruments de financement existants. Cette enveloppe comprend notamment 25 milliards de dollars de financements préétablis destinés à soutenir les dispositifs de protection sociale, les budgets publics et les exploitations agricoles.
L'institution met également en garde contre une aggravation de la situation, avec un scénario dans lequel le prix du pétrole pourrait atteindre 105 dollars le baril en 2027.
Dans ce contexte, la nouvelle flambée des matières premières remet au premier plan les enjeux de souveraineté alimentaire et de sécurité énergétique en Afrique. Pour les économies du continent, l'enjeu consiste désormais à renforcer les capacités de production locales, diversifier les sources d'approvisionnement et réduire leur exposition aux chocs des marchés internationaux.