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Infrastructures. La BAD lance corridor autoroutier Abidjan-Lagos

Le tracé du corridor
Le tracé du corridor
Mamadou Ousmane
25/11/2024 à 12:52 , Mis à jour le 25/11/2024

Le corridor Abidjan-Lagos s'inscrit dans une dynamique plus large visant à améliorer l'intégration économique et la mobilité. Il incarne une opportunité pour les pays d’Afrique de l’Ouest de stimuler leur croissance économique et leur industrialisation, tout en renforçant leur intégration régionale.

Le projet d’extension du corridor autoroutier Abidjan-Lagos, une initiative transnationale ambitieuse, vise à révolutionner le paysage économique et industriel de l’Afrique de l’Ouest d’ici à 2030. En lien avec l'Initiative de développement spatial promue par la Banque africaine de développement (BAD), cette autoroute, longue de 1 028 kilomètres, aura un impact considérable sur les pays qu’elle traversera, à savoir la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigéria. Ce corridor autoroutier s’annonce comme un véritable catalyseur pour l'industrialisation et la croissance économique de la région.

Lors d’un atelier en ligne tenu le 22 novembre 2024, la Banque africaine de développement a annoncé que les travaux pour la construction de cette autoroute démarreront en 2026 pour une livraison prévue en 2030. L’objectif est de relier Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, à Lagos, la plus grande ville du Nigéria, tout en traversant cinq pays clés de la région. Cette autoroute, à péage libre et à quatre à six voies, avec un maximum de huit voies à Lagos, ne se limite pas à un simple axe de transport. Elle est conçue comme un véritable moteur économique, soutenu par des investissements privés et institutionnels massifs.

La Banque africaine de développement, en collaboration avec ses partenaires, met en place l’Initiative de développement spatial pour accompagner la transformation industrielle du corridor. Selon Mike Salawou, directeur du Département des infrastructures et du développement urbain de la BAD, cette initiative vise à faire de l’autoroute Abidjan-Lagos bien plus qu’une simple infrastructure routière. Elle doit devenir un véritable levier pour une industrialisation transformatrice dans la région. « Ce corridor de transport doit devenir un corridor économique, et la Banque a lancé l'Initiative de développement spatial pour permettre une industrialisation le long de l’autoroute afin de stimuler la croissance de grands pôles économiques », a-t-il souligné.

Dans le cadre de cette initiative, une étude a révélé que 206 interventions spécifiques dans la zone d'influence de l'autoroute pourraient nécessiter un financement initial de 6,8 milliards de dollars américains. Les secteurs identifiés comme prioritaires pour ces investissements comprennent les énergies renouvelables, l’industrie manufacturière, les transports et la logistique, ainsi que l’agriculture, l’agro-industrie, les technologies de l'information et de la communication (TIC), le tourisme, l’exploitation minière et les zones économiques spéciales. Ces investissements permettront de dynamiser des secteurs essentiels et de créer des pôles de développement économiques solides le long du corridor.

Quel impact sur l’urbanisation et l’intégration régionale ?

La construction de l’autoroute ne manquera pas d’avoir des effets significatifs sur l'urbanisation dans la région. Chris Appiah, directeur des Transports à la Commission de la CEDEAO, a précisé que cette infrastructure s’inscrivait dans le cadre de l'agenda d’intégration régionale de la CEDEAO, en renforçant les liens entre les grandes villes et les zones rurales des pays concernés. « Ce projet intégré nous aidera à atteindre l’union économique que nous recherchons dans notre espace », a-t-il ajouté. En effet, l’autoroute facilitera l’interconnexion entre des centres urbains dynamiques tels qu'Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou, et Lagos, tout en améliorant la connectivité avec les zones rurales et les autres réseaux de transport ouest-africains.

L’étude menée par la BAD prévoit également que la zone d’influence de l’autoroute, comprenant les principales agglomérations de la région, atteindra une population urbaine de 173 millions d'habitants d'ici à 2050. Cette zone devrait ainsi devenir l'une des plus importantes conurbations régionales au monde, avec un potentiel de développement économique considérable.

Selon Lydie Ehouman, économiste des transports en chef et cheffe du projet à la BAD, ce corridor autoroutier offrira de nombreuses opportunités économiques à travers la création de milliers d'emplois. Elle a indiqué que la construction de l’autoroute pourrait générer jusqu’à 70 000 emplois directs et indirects. La majorité des travaux seront réalisés sous forme de partenariats public-privé, ce qui garantira une gestion efficace et durable du projet. Les quatre postes-frontières qui jalonneront l'itinéraire seront également gérés par des entreprises privées, renforçant ainsi le modèle de financement et de gestion inclusif du projet.

L’African Investment Forum, une plateforme d’investissement de la BAD, joue un rôle clé dans le financement de ce projet. Lors de ses boardrooms de 2021, des engagements d’investissement à hauteur de 15,6 milliards de dollars ont été exprimés par des acteurs privés et institutionnels. Ce soutien témoigne de la confiance placée dans le potentiel économique du corridor Abidjan-Lagos, qui est désormais perçu comme une priorité stratégique par la CEDEAO et les pays concernés.