Le continent africain est confronté à des défis sécuritaires sans précédent. À l’occasion de l’APSACO 2026, le directeur du département des études de défense et des études stratégiques à la Nigerian Defence Academy, Sharkdam Wapmuk estime que seule une coopération africaine renforcée, soutenue par des acteurs clés comme le Maroc, permettra d’apporter des réponses durables aux crises actuelles.
Réuni à Rabat à l’occasion de la 10e édition de l’Africa Peace and Security Annual Conference (APSACO), le monde de la recherche stratégique a dressé un bilan contrasté de l’évolution du paysage sécuritaire africain au cours de la dernière décennie.
Pour Sharkdam Wapmuk, directeur du département des études de défense et des études stratégiques à la Nigerian Defence Academy, l’Afrique est aujourd’hui confrontée à des menaces bien plus complexes qu’il y a dix ans. « Le paysage sécuritaire africain s’est profondément transformé. Il est devenu beaucoup plus complexe, avec l’émergence de nouveaux acteurs et l’intensification des activités d’acteurs non étatiques violents », a-t-il noté.
Selon l’universitaire nigérian, certaines régions concentrent désormais l’essentiel des foyers de tension du continent. Le Sahel, la République centrafricaine et plusieurs zones fragiles d’Afrique subsaharienne figurent parmi les espaces les plus exposés aux violences. Il pointe notamment la montée en puissance des groupes terroristes, des réseaux criminels et des groupes armés qui exploitent les zones faiblement gouvernées pour étendre leur influence. « En 2015, la situation n’était pas aussi préoccupante. Aujourd’hui, les groupes terroristes occupent davantage d’espaces, exploitent les vulnérabilités des communautés et s’adaptent constamment aux nouveaux environnements », observe-t-il.
Cette évolution s’accompagne d’une sophistication croissante des moyens utilisés. Les groupes armés recourent désormais à des technologies avancées, notamment aux drones, pour renforcer leurs capacités opérationnelles et contourner les dispositifs de lutte mis en place par les États.
L’unité africaine comme impératif stratégique
Au-delà des menaces sécuritaires traditionnelles, Sharkdam Wapmuk insiste sur l’importance croissante des facteurs environnementaux dans les dynamiques de conflit. Le changement climatique contribue selon lui à aggraver les tensions sociales et économiques dans plusieurs régions du continent.
La dégradation des conditions climatiques, les sécheresses récurrentes et les perturbations des cycles agricoles poussent de nombreuses populations à migrer vers d’autres territoires. Ces déplacements provoquent parfois des tensions avec les communautés d’accueil et alimentent de nouveaux conflits locaux.« Les changements climatiques accentuent les vulnérabilités existantes et favorisent les mouvements de population, ce qui peut conduire à des affrontements entre communautés », explique-t-il.
L’expert attire également l’attention sur l’évolution du rôle des puissances étrangères en Afrique.
Si les acteurs internationaux étaient déjà présents sur le continent il y a une décennie, leur concurrence s’est intensifiée autour des ressources stratégiques, des marchés africains et des enjeux géopolitiques émergents.
Cette rivalité accrue place souvent les pays africains dans une position délicate, alors même qu’ils cherchent à préserver leurs intérêts de développement et de sécurité.
Face à cette accumulation de défis, Sharkdam Wapmuk plaide pour un renforcement concret de la coopération africaine. Selon lui, le projet d’intégration panafricaine demeure plus pertinent que jamais, mais il doit désormais dépasser le stade des déclarations d’intention.
« Nous avons de bonnes idées et de bonnes initiatives. Mais sans financement adéquat ni coordination efficace, elles risquent de rester des vœux pieux », prévient-il.
L’universitaire appelle ainsi les États africains à investir davantage dans leurs propres mécanismes de sécurité collective et à renforcer les institutions continentales chargées de la prévention et de la gestion des crises.
Le Maroc appelé à jouer un rôle moteur
Dans cette dynamique, Sharkdam Wapmuk estime que le Maroc peut contribuer davantage aux efforts de stabilisation du continent. À l’instar de pays comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud, le Royaume dispose selon lui des atouts nécessaires pour peser davantage dans les débats stratégiques africains et soutenir les initiatives de coopération régionale.
« L’Afrique a besoin de leadership. Le Maroc a un rôle à jouer pour faire avancer cette vision d’une Afrique plus unie, plus résiliente et capable de répondre elle-même à ses défis », affirme-t-il.