À l’occasion de la présentation de la 10e édition du Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique (RAGA), Abdelhak Bassou, Senior Fellow au Policy Center for the New South, a défendu une idée forte : l’Afrique ne peut peser dans les équilibres mondiaux qu’à condition de reprendre le contrôle de son propre récit. Dix ans après le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, il estime que le continent avance, malgré les crises, vers davantage d’affirmation stratégique.

Présenté en prélude à la 10e édition de la Conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique (APSACO), le Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique 2026 du Policy Center for the New South propose une lecture d’un continent confronté à des transformations profondes. Entre recomposition des rapports de force internationaux, mutations des conflits, enjeux technologiques et bataille d’influence, l’Afrique apparaît désormais comme un acteur à part entière des grands équilibres mondiaux.

Pour Abdelhak Bassou, Senior Fellow du think tank marocain, la publication de ce rapport dépasse largement l’exercice académique. Elle s’inscrit dans une démarche de long terme visant à permettre à l’Afrique de produire son propre regard sur elle-même. « Le rapport est une façon pour le Policy Center et pour le Maroc de contribuer à ce que l’Afrique récupère son pouvoir épistémique, c’est-à-dire le pouvoir de raconter elle-même son histoire », a-t-il expliqué.

  Reprendre le contrôle du récit africain

 Selon Bassou, pendant des décennies, le continent a été décrit principalement à travers le regard extérieur. « L’Afrique était racontée à travers ce qui lui manquait : elle n’était pas assez démocratique, pas assez stable, pas assez riche. Il fallait créer une plateforme où les Africains puissent eux-mêmes produire le discours sur leur continent »,note-t-il.

Depuis sa première édition en 2017, année marquée par le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, le RAGA poursuit précisément cet objectif. Cette édition anniversaire rassemble ainsi 29 auteurs africains issus de différentes régions du continent. Pour le chercheur, cette démarche participe à la construction d'une souveraineté intellectuelle indispensable à l’affirmation géopolitique de l’Afrique.

 Un continent en mutation, entre progrès et fragilités

Le rapport dresse également le bilan d’une décennie marquée par des avancées contrastées.

Bassou rappelle que plusieurs pays africains ont connu des progrès significatifs en matière démocratique, avec des processus électoraux salués pour leur crédibilité et le rôle joué par certaines institutions judiciaires dans la consolidation de l’État de droit. Mais ces avancées coexistent avec des défis persistants : conflits armés, instabilités politiques, crises sanitaires ou encore pressions sécuritaires. « Il n’existe pas de solution miracle pour un continent. Une société ne passe pas de l’état de crise à l’état de guérison du jour au lendemain. Les transformations se construisent sur des décennies et parfois sur plusieurs générations », estime-t-il.

Pour autant, le chercheur refuse toute lecture pessimiste du continent. « L’Afrique d’aujourd’hui est plus avancée, plus développée et mieux structurée que celle des années 1960 », affirme-t-il.  

 Rôle du Maroc

Dans cette dynamique, Bassou souligne le rôle croissant joué par le Maroc dans les grands dossiers africains, qu’il s’agisse de diplomatie, de coopération ou de maintien de la paix. Il cite notamment les contributions marocaines aux missions internationales ainsi que les actions humanitaires menées sur le continent, à travers l’installation d’hôpitaux de campagne dans des zones touchées par des catastrophes ou des crises. «Beaucoup pensent qu’il s’agit de petits gestes. Mais pour les populations concernées, ces hôpitaux représentent un soutien concret, immédiat et parfois vital », rappelle-t-il.C

ette implication s’inscrit, selon lui, dans une évolution plus large du continent, qui cherche désormais à renforcer sa place dans les mécanismes de gouvernance mondiale, notamment à travers sa revendication d’une représentation permanente au Conseil de sécurité des Nations unies.

Dix ans après le lancement du rapport, Abdelhak Bassou invite finalement à une lecture équilibrée de la trajectoire africaine. Ni euphorie excessive, ni fatalisme. « La principale leçon de ces dix dernières années est qu’il ne faut ni désespérer ni céder à un optimisme aveugle. Il faut être réaliste et continuer à espérer, car l’espoir permet de travailler », conclut-il.