Le Maroc accueille depuis lundi, à Sala Al Jadida, une formation réunissant 26 responsables issus de 13 pays africains atlantiques autour d’un enjeu devenu majeur pour la région : renforcer la coopération judiciaire face au terrorisme et à la criminalité organisée transnationale.

Organisé par le ministère marocain de la Justice jusqu’au 15 septembre, ce cycle de formation s’inscrit dans la mise en œuvre de la Déclaration de Rabat des ministres de la Justice.

Placée sous le thème « Lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée transnationale et renforcement de la culture des droits humains : vers une convergence des approches législatives et opérationnelles dans l’espace africain atlantique », la rencontre vise à rapprocher les pratiques judiciaires et les dispositifs juridiques des pays participants.

Vers une convergence des systèmes judiciaires

Dans une allocution lue en son nom, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a présenté cette formation comme la concrétisation du premier axe de la Déclaration de Rabat. Selon lui, l’objectif est de contribuer à faire de la façade atlantique africaine un espace davantage intégré, fondé sur une vision commune et un destin partagé.

Le ministre a notamment alerté sur l’évolution des menaces dans la région. Les réseaux criminels transnationaux auraient progressivement réorienté certaines de leurs activités vers l’espace africain atlantique, tandis que la criminalité organisée se complexifie avec son extension aux espaces numériques et l’utilisation de nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle. Pour les autorités marocaines, les groupes terroristes et criminels profitent également des différences entre les législations nationales et des failles procédurales pour échapper aux poursuites.

Des outils communs contre les réseaux criminels

Face à ces nouvelles menaces, Abdellatif Ouahbi appelle à dépasser les réponses strictement sécuritaires et à renforcer la convergence des cadres juridiques et opérationnels.

Il préconise notamment la mise en place de mécanismes permettant d'accélérer la coopération entre les autorités judiciaires, avec la simplification des procédures d’entraide judiciaire, la création d’équipes communes d’enquête, l’harmonisation des règles relatives à la preuve numérique et la facilitation du gel des avoirs issus d’activités criminelles.

L’enjeu est de permettre aux autorités judiciaires de différents pays de mieux travailler ensemble face à des réseaux dont les activités ignorent les frontières nationales.

Le Maroc défend une approche régionale

Dans une allocution lue en son nom, le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a replacé cette initiative dans la vision du Roi Mohammed VI visant à faire de l’espace africain atlantique une zone de stabilité, de paix et de prospérité partagée.

Il a également présenté l’Initiative africaine atlantique comme une réponse aux transformations de l’environnement international et à l’émergence de nouveaux ensembles régionaux.

Dans cette perspective, la coopération juridique et judiciaire constitue, selon lui, l’un des piliers d’un partenariat africain plus intégré. Une coordination renforcée doit permettre aux États de répondre collectivement aux menaces et de consolider la stabilité de la région.

Terrorisme, traite et trafic de drogues au cœur des échanges

Les participants doivent notamment échanger sur les mécanismes de lutte contre le terrorisme, la traite des êtres humains et le trafic de drogues.

Le procureur de la République près le tribunal de la wilaya du Tiris Zemmour, en Mauritanie, Bassi Mohamed, a souligné la nécessité d’une action concertée et d’un rapprochement des législations nationales pour rendre la lutte contre la criminalité transfrontalière plus efficace. Même constat du côté du Sénégal.

Le directeur adjoint des Affaires pénales et des Grâces, Malick Dia, a indiqué que cette formation doit permettre aux participants de partager leurs expériences et d’échanger sur les dispositifs judiciaires mobilisés face aux différentes formes de criminalité organisée.

À travers cette rencontre, Rabat entend ainsi renforcer le volet judiciaire de la coopération africaine atlantique et faire de la coordination entre les systèmes juridiques un instrument central de lutte contre les menaces transnationales