Les habitants de plusieurs villes soudanaises, notamment Khartoum, Omdurman et Port-Soudan, sont confrontés à de graves pénuries d'eau. La guerre sanglante entre généraux rivaux, exacerbée par le dérèglement climatique, a plongé le pays dans une crise hydrique profonde.
"Depuis le début de la guerre en avril 2023, deux de mes enfants marchent 14 kilomètres par jour pour aller chercher de l'eau," raconte Issa, père de famille du camp de déplacés de Sortoni, abritant plus de 65 000 personnes au Darfour-Nord.
Les habitants d'Al Thawrah, à Omdurman, n'ont pas eu d'eau depuis 17 jours, explique Mohamed Adam.
Ces situations ne sont pas isolées. Dans le village de Shaqra, les déplacés font la queue sur 300 mètres pour obtenir de l'eau potable, rapporte Adam Rijal, porte-parole des déplacés du Darfour.
Le conflit a ravagé les infrastructures, et le départ des diplomates et des humanitaires a aggravé la situation. À Sortoni, l'organisation humanitaire italienne responsable des stations d'eau potable a quitté le camp au début du conflit, laissant les habitants sans accès à l'eau.
La Corne de l'Afrique, touchée par des sécheresses récurrentes et des pluies diluviennes, voit ses nappes phréatiques surexploitées se raréfier. En 2023, de fortes pluies suivies d'inondations ont touché 89 000 personnes, selon l'ONU. Le manque de solutions de stockage des eaux pluviales empêche leur utilisation, rendant la situation encore plus précaire.
Al-Facher, une ville du Darfour de 1,5 million d'habitants, souffre de combats meurtriers et d'un siège étouffant depuis mai. Si les Forces de soutien rapide (FSR) n'autorisent pas l'entrée de carburant, les stations d'eau arrêtent de fonctionner. Khartoum, sous le contrôle des FSR, voit des quartiers entiers privés d'eau potable. À Omdurman, une panne de courant a également entraîné l'arrêt des stations d'eau.
Les habitants se tournent vers des alternatives coûteuses et peu fiables. "Depuis 17 jours, l'eau nous coûte quotidiennement 6 000 livres soudanaises (4,60 euros)," explique Adam Hassan d'Omdurman. À Khartoum, les habitants achètent de l'eau non traitée transportée en charrette pour pallier leur soif et pour se laver.
La crise s'aggrave
Même les zones épargnées par les combats, comme Port-Soudan, ne sont pas épargnées. "L'eau est un gros problème," déclare Al-Sadek Hussein, un habitant de Port-Soudan. Avec l'été qui approche, la situation ne fait qu'empirer.
Le Soudan, déjà affaibli par des décennies de conflit et de mauvaise gestion, se trouve maintenant confronté à une crise hydrique majeure. Le manque d'eau potable est devenu une urgence humanitaire, affectant des millions de vies au quotidien.