La Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc ne donne pas lieu à un dispositif sécuritaire exceptionnel, mais met en lumière une architecture déjà en place, fondée sur la vigilance permanente, la coordination décloisonnée et une souveraineté pleinement assumée. Invité de l’émission Ghorfat l’VAR sur Medradio, le directeur du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), Cherkaoui Habboub, a livré un éclairage précis sur cette doctrine sécuritaire marocaine dont l’efficacité est reconnue mondialement.

La Coupe d’Afrique des Nations offre aux visiteurs une visibilité accrue du dispositif sécuritaire marocain. Dans certains sites stratégiques, des éléments de la Brigade spéciale du BCIJ, cagoulés et équipés de moyens logistiques impressionnants, attirent l’attention. Une présence qui n’est ni circonstancielle ni liée à une menace particulière, mais qui reflète le fonctionnement normal d’un système de sécurité fondé sur la vigilance continue.

C’est par cet aspect visible que Cherkaoui Habboub a entamé son intervention dans Ghorfat l’VAR, émission diffusée en direct depuis Rabat. Le directeur du BCIJ a rappelé que cette institution constitue le bras judiciaire de la DGSN, spécialisée dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, et qu’elle est mobilisée en permanence, indépendamment des événements. « Le BCIJ contribue à assurer la pleine sécurité de la CAN, comme il l’a fait lors d’autres manifestations internationales majeures, notamment la Coupe du monde au Qatar ou les Jeux Olympiques à Paris », souligne-t-il.

L’enjeu central demeure la préservation de la quiétude. Pour Cherkaoui Habboub, la sécurité ne s’improvise pas et ne se renforce pas ponctuellement : elle s’exerce sans relâche. L’action du BCIJ repose ainsi sur le renseignement, la coordination opérationnelle et une vigilance de tous les instants. « Il n’y a pas de moitié-moitié quand on a la responsabilité d’assurer la sécurité de sa patrie », insiste-t-il, évoquant un engagement total, à la fois professionnel et moral.

La sécurisation de la CAN s’inscrit pleinement dans une logique de souveraineté. « Elle est 100 % Made in Morocco, comme l’a été la construction des stades », affirme le directeur du BCIJ. La coopération internationale, essentielle dans la lutte contre le terrorisme, reste centrée sur l’échange de renseignements, sans remise en cause de l’autonomie décisionnelle nationale. Le Maroc assure ainsi sa sécurité par ses propres moyens, tout en s’inscrivant dans des partenariats efficaces.

Sur le terrain, la coordination constitue la clé de voûte du dispositif. Elle est assurée de manière horizontale et verticale entre l’ensemble des services de sécurité, sous la direction de M. le Directeur général du pôle DGSN-DGST, Abdellatif Hammouchi, qui veille à la mise en œuvre rigoureuse des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Cette coordination concerne aussi bien la surveillance du territoire que la gestion des flux en provenance de l’étranger, avec une capacité d’anticipation fondée sur le renseignement.

La vigilance demeure particulièrement élevée face aux menaces émanant du Sahel, qualifié par Cherkaoui Habboub de « source sérieuse de danger pour toute l’Afrique » et de zone stratégique exploitée par Daech. Depuis sa création, le BCIJ a démantelé 103 cellules terroristes, dont 93 affiliées à Daech. Le directeur rappelle également que 130 Marocains ont quitté le pays pour rejoindre des organisations terroristes en Somalie.

L’évolution des itinéraires empruntés par certains profils radicalisés constitue un facteur aggravant. « Si la Turquie était auparavant un passage classique, les flux transitent désormais par le Mali, puis la Somalie via l’Éthiopie, profitant du manque de contrôle rigoureux dans certaines régions », alerte-t-il. Une dynamique jugée particulièrement dangereuse.

Autre phénomène préoccupant : l’implication croissante de mineurs. Depuis la création du BCIJ, 54 mineurs ont été présentés à la justice, dont 13 pour la seule année 2025. Sans céder à l’alarmisme, Cherkaoui Habboub appelle à une responsabilité accrue des familles face aux risques d’endoctrinement en ligne.

Le directeur du BCIJ met également en garde contre la situation à Tindouf, qu’il décrit comme une « zone de libre-échange terroriste ». Il affirme que « l’implication du Polisario dans des activités terroristes est avérée », rappelant que lors du sommet contre Daech tenu à Marrakech, il a été établi que « le séparatisme et le terrorisme sont les deux faces d’une même pièce ».

Face à des modes de financement multiformes (trafics illicites, criminalité en ligne, rançons, etc.) Cherkaoui Habboub se veut rassurant : « Le réseau de vigilance capte, même si le risque zéro n’existe pas. » Le Maroc multiplie ainsi les partenariats sécuritaires, convaincu que la lutte contre le terrorisme dépasse les frontières.

Au-delà de l’action opérationnelle, le Royaume mène une stratégie préventive fondée sur la promotion d’une pratique religieuse apaisée. Pour le directeur du BCIJ, la sécurité reste un levier fondamental : « Elle apporte la stabilité, et la stabilité permet le développement. » Une conviction au cœur d’une doctrine sécuritaire marocaine fondée sur la continuité, l’anticipation et un engagement sans relâche.